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Demystifying Decolonisation 1

Ravista Mehra Clem Rousset

November 28th, 2019 4:41 min read 1289 words

History is not our fault, but the future is our responsibility.

History — A collection of ‘stories’, written down, which form the lens of how the world is perceived and remembered.

Stories — A one-sided point of view of daily accounts that occur. Also can be fictional or non-fictional.

Decolonise — The process of accepting that the view of the coloniser is only one perspective of a story and the other perspective, which is that of the colonised, is equally (if not more) important in telling the whole story.

There is a lot of talk these days about decolonisation, especially regarding the institute and curriculum, since we are in an academic setting. However, how can we possibly tackle the massive monster that is decolonisation at such a large scale without tackling it at a personal level? In order to start the process of decolonising our history, geography, economics, literature, we have to first decolonise our own stories, which simply means looking back and reflecting on our cultural experiences growing up.

Chimamanda Ngozi Adichie says in her TED talk The Danger of a Single Story, that “the single story creates stereotypes, and the problem with stereotypes is not that they are untrue, but that they are incomplete. They make one story become the only story”. This column is an effort to get stories from people whose story may never have been told before, either because they didn’t think it was important to tell or because others didn’t think it important to listen or read. It is the smaller, personal, seemingly insignificant stories that have the power to humanise, empower and repair the broken dignity of a larger people or place.

— Ravista Mehra


J’ai 8 ans quand on m’explique pour la première fois ce que signifie le mot raciste. En ce mois d’avril 2002 en France, les élections présidentielles touchent à leur fin. Ma compréhension de la politique nationale est rudimentaire, mais je sais que les enjeux sont importants. Jean-Marie LePen est candidat au second tour, ce qui implique qu’il risque d’être élu Président de la République. Et ça, ce serait terrible, car cet homme est raciste. Quand je demande à mes parents de m’expliquer ce que ce mot veux dire, j’ai déjà saisi que ce n’est pas un qualificatif positif, à en juger par le ton employé pour le prononcer. On me dit alors qu’une personne raciste n’aime pas les personne de couleur, considère qu’elles sont inférieures et qu’elles n’ont rien à faire en France. Les racistes sont de mauvaises personnes. Et il est sous-entendu de façon assez évidente, étant donné que nous condamnons les racistes, que ni mes parents ni moi ne pouvons être racistes nous-même. Noté. 

J’ai grandi avec la fervente conviction que je n’était pas raciste. Les racistes étaient ces personnes mauvaises et détestables, hautaines et méchantes. Lointaines. Détachées. Autres. Certainement pas ma famille, et certainement pas moi. Le fait que notre baby-sitter à mon frère et à moi soit noire en était pour moi une preuve, puisque j’imaginais que jamais une personne raciste n’aurais pu embaucher une personne de couleur pour prendre soin de ses enfants ou de sa maison. Et le fait que j’aime profondément cette personne ne faisait que consolider cette idée. 

Mais attention, grosse surprise: fondamentalement, je suis raciste. 

Jusqu’à mon adolescence, ma vision de l’Afrique demeure un kaléidoscope flou nourris par les documentaires animaliers qui passaient à la télé et par les livres illustrés de la section ‘jeunesse’ de la bibliothèque municipale. Les hautes herbes jaunes de la savanes transpercées par les hordes grises des gnous. La jungle moite et verte. Les couchers de soleil oranges et miroitants. Les villages isolés et leurs cases en terre. Les tissus colorés. Les femmes pillant le millet, portant leurs jeunes enfants emmaillotés sur leurs dos. Une terre sauvage, lointaine et magique, apparemment peu habitée, et par des gens que je savais être plus pauvres que nous, européens blancs. Je sais que c’est pourquoi de nombreuses personnes traversent la Méditerranée pour avoir une vie meilleure ici en France.

Souvent au dîner, j’ai droit au classique: « Finis ton assiette. Il y a des petits enfants en Afrique qui ont faim et qui aimeraient pouvoir manger ce que toi tu manges. ». Et l’idée qu’il puisse y avoir de grandes villes ou quoi que ce soit de ressemblant à un immeuble en Afrique est inconcevable pour moi. 

Régulièrement, je questionne Essie, ma baby-sitter sur sa vie ‘d’avant, en Afrique’. Je suis un enfant très blanc, très blond et curieux d’entendre de nouvelles histoires de brousse et de giraffes, ce à quoi je m’attends quand je demande: 
« Tu as déjà vu un lion en vrai ? Ou un éléphant ? »
« Et la jungle, c’est comment ? »
« Comment était ton village ? » 
« Le manioc ça a quel goût ? »
Les réponses ne sont pas à la hauteur de mes espérances, alors j’oriente de mon mieux mes questions pour enfin recevoir la dose d’exotisme que je recherche désespérément et qui m’a été promise par ce que j’ai vu et lu.

Au collège, toucher les cheveux crépus de mon camarade Kevin parce que c’est amusant me semble complètement bénin. Tout le monde le fait. Mon premier petit-ami, le premier garçon que j’aie embrassé, est noir. Mon premier amour d’adolescent. Ça aussi est une preuve à moi-même que je ne peux pas être raciste. En fait, je ne me pose même pas la question de savoir si mon comportement, si mes idées ou certains de mes actes pourraient être problématiques. Puisque je ne suis pas raciste, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. 

En dernière année de bachelor mes camarades de classe et moi, bière en main, exprimons vivement notre indignation face à l’absence quasi-totale de personnes de couleur dans notre école, aussi bien au sein du corps enseignant qu’au sein des élèves. L’industrie du design est définitivement un milieu problématique et il serait temps que ça change. Hochements de têtes. Nous savons que nous sommes du bon côté de l’échiquier. Nous sommes tous blancs et de classe moyenne, mais nous ne sommes pas racistes. 

Ce n’est que peu après que l’hypocrisie de la situation m’est apparue. Ça n’a pas été une prise de conscience brutale, façon illumination. Plutôt une sorte de réveil difficile et saccadé, façon gueule de bois. Si on me demande, je pense que faire mon coming out, changer d’école, de pays et entrer en contact avec de nouveaux groupes de personnes ont été des étapes importantes de ce processus. 

Je suis raciste parce que j’ai grandi dans un contexte raciste et colonialiste. Parce que je suis blanc et que ma famille est aisée de classe moyenne. Mes parents ont fait de leur mieux en me transmettant autant de valeurs positives que possible et en me sensibilisant aux idées de gauche qu’ils défendent. Mais malgré les meilleures intentions du monde, cela n’empêche pas d’être inévitablement conditionné par un environnement qui conserve un fondement raciste. 

Et il est difficile pour moi de mettre le doigt sur un élément précis qui serait à l’origine de ce phénomène. Tel que je le perçois, c’est une accumulation quotidienne d’une multitude de petits détails qui influence discrètement mon jugement. Par exemple le fait que la majorité des amis de ma famille soient blancs et hétéros, et qu’il en ai été de même pour mes amis et mes camarades de classe jusqu’à récemment. Les livres et les bandes dessinées que j’ai lu. Les programmes télévisés. Les films. Les blagues racontées lors des repas de famille. Les dessins animés. Les spots publicitaires. La musique que j’écoute. Les vitrines des magasins. Les boites de céréales. 

— Clem Rousset


I am 8 years old when the word racist is explained to me for the first time. In April 2002, the presidential elections are coming to an end in France. My understanding of politics is rudimentary, but I know the stakes are high. Jean-Marie LePen is a candidate in the second round, which means that there is a risk of him being elected President of the Republic. And that would be terrible, because this man is a racist. When I ask my parents to explain what this word means, I have already understood that it is not a positive thing to be called, judging by the tone on which it is pronounced. I am told that a racist person does not like people of colour, considers them inferior and thinks that they have no business being in France. Racists are bad people. And it is implied quite clearly, as we are condemning racists, that neither my parents nor I can be racist ourselves. Noted. 

I grew up with the strong conviction that I was not a racist. Racists were those bad and detestable, haughty and mean people. Certainly not my family, and certainly not me. The fact that our babysitter was black constituted for me an irrefutable proof of this, since I imagined that a racist person would never have hired a person of colour to take care of their children or their home. And the fact that I deeply loved this person only reinforced that idea. 

But attention, big plot twist: I am fundamentally racist.

Until my teenage years, my vision of Africa remains a fuzzy kaleidoscope fed by the animal documentaries aired on TV and by the illustrated books from the youth section of the public library. The tall yellow grass of the savannah sliced by the grey herds of wildebeest. The jungle, moist and green. The orange and rippling sunsets. Isolated villages and their earthen huts. Colourful fabrics. Women crushing millet, carrying their young children swaddled on their backs. A wild, distant and magical land, apparently sparsely populated, and by people who I know to be poorer than us white Europeans. I understand that this is why many people cross the Mediterranean to have a better life here in France. 

Often at dinner, I get served the classic: “Finish your plate. There are little children in Africa who are hungry and who would like to be able to eat what you eat”. And the idea that there could be big cities or anything like a tall building in Africa is inconceivable to me. 

I regularly ask Essie, my babysitter, about her life “before, in Africa”. I am a very white, very blond child and curious to hear new stories of bush and giraffes, which I am expecting when I ask: 
“Have you ever seen a lion for real? Or an elephant?”
“And what’s the jungle like?”
“How was your village?”
“What does cassava taste like?”
The answers are not up to my expectations, so I direct my questions as best I can to finally receive the dose of exoticism that I desperately crave and that have been promised to me by what I have seen and read.

In college, touching my friend Kevin’s frizzy hair because it’s fun seems completely benign to me. Everyone does it. My first boyfriend, the first boy I ever kissed, is black. My first teenage love. That too is proof to myself that I can’t be racist. In fact, I don’t even ask myself whether my behaviour, my ideas or some of my actions could be problematic. Since I’m not a racist, there’s nothing to worry about. 

In the final year of the Bachelor’s degree, my classmates and I, beer in hand, strongly express our indignation at quasi-total absence of brown or black people in our school, among both the teaching staff and the students. The design industry is definitely a problematic environment and it is time for it to change. Shared enthusiastic nods. We know that we are on the right side of the board. We are all white and middle-class, but we are not racist. 

It was only shortly after that that the hypocrisy of the situation appeared to me. It wasn’t a sudden realization, like enlightenment. Rather a difficult and slow awakening, like a hangover. If someone asks me, I think that coming out, changing school, moving abroad and getting in touch with new groups of people were important steps in this process. 

I am a racist because I grew up in a racist and colonialist context. Because I’m white and my family is middle-class and wealthy. My parents did their best to transmit as many positive values as possible to me and to make me aware of the left-wing ideas they defend. But despite the best intentions in the world, this does not prevent us from being inevitably conditioned by an environment that retains a racist foundation. 

And it is difficult for me to pinpoint a specific element that would be the origin of this phenomenon. As I perceive it, it is a daily accumulation of small details that discreetly influences my judgment. For example, the fact that the majority of my family’s friends are white and straight, and that the same could have been said about my friends and classmates until recently. The books and comics I read. Television programs. The movies. The jokes told during family dinners. Cartoons. Commercials. The music I listen to. Shop windows. Cereal boxes. 

— Clem Rousset


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